Émail
L’émail japonais, ou shippō (littéralement « sept trésors »), est par excellence une technique de patience. Elle implique en effet l’application successive de plusieurs couches d’émail, de nombreux passages au feu et un polissage très long, pour obtenir un éclat qu’aucune autre technique n’égale.
Cet art de la fusion de l’émail vitreux sur métal connaît un développement fulgurant et un véritable âge d’or durant l’ère Meiji, porté notamment par l’arrivée du chimiste allemand Gottfried Wagner, qui accompagne les grands ateliers dans la mise au point d’émaux translucides d’une qualité inédite. C’est de cette effervescence qu’émergent les grandes figures de l’émail Meiji : Namikawa Yasuyuki, Namikawa Sōsuke, Hayashi Kodenji, Honda Tasaburō, ou encore Andō Jūbei — seul atelier de cette génération encore en activité aujourd’hui.
Cette production d’exception a pourtant failli disparaître. Le temps considérable nécessaire à la réalisation d’une seule pièce peinait à trouver sa place dans une société en pleine modernisation, rendant la production toujours moins rentable. Les techniques ont finalement été sauvées, perdurent tout au long du XXe siècle, embrassant les grands courants comme l’Art Déco, et une poignée d’artisans continue aujourd’hui de les faire vivre, insufflant à l’émail japonais un nouvel élan contemporain.
Les grandes techniques de l’émail japonais:
- Yūsen-shippō : la technique la plus traditionnelle, où de fins fils métalliques dessinent le contour du motif avant d’être remplis d’émail ; les fils restent visibles après cuisson et structurent le décor
- Musen-shippō : l’émail « sans fil », où les fils sont retirés avant la cuisson finale, laissant place à des dégradés de couleur fluides
- Moriage-shippō : l’émail en relief, où des couches successives d’émail sont superposées pour créer un effet de volume et de profondeur
- Shōtai-shippō : technique proche du plique-à-jour occidental, où l’émail translucide est fixé sur une base qui est ensuite dissoute à l’acide, ne laissant subsister qu’un réseau de fils sertissant des alvéoles d’émail.
- Ginbari-shippō : technique où une fine feuille d’argent ou d’or est appliquée sur le corps métallique, parfois incisée, martelée, pouvant aussi représenter un motif, qui viendra se refléter sous les couches d’émail translucide
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